Le changement climatique : une invitation à nous mettre en chemin

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Le changement climatique est un des grands défis de notre monde actuel. Comme êtres humains et comme SMNDA envoyées pour que « tous aient la vie et la vie en abondance » (Jean 10,10) nous avons à y répondre selon l’esprit de l’Evangile et de notre charisme.

Les phénomènes liés au changement climatique sont expérimentés partout dans le monde. En Afrique sécheresses et inondations diminuent les récoltes, augmentent l’insécurité alimentaire et ont un impact négatif sur la santé. En Europe tempêtes, hivers doux et étés trop chauds ont un impact sur les agriculteurs et  l’économie. En Amérique, inondations, tempêtes de neige et tornades causent des morts et contribuent au manque d’eau. En Asie et Océanie, tsunamis, cyclones et moussons sèment la mort, font disparaître des îles et font des millions de réfugiés climatiques… Partout ces phénomènes menacent les gens et les espèces les plus vulnérables de la planète et causent famine et pauvreté. Ceci rejoigne les rapports scientifiques qui nous confirment que le réchauffement climatique est fortement influencé par les activités humaines, les modes de vie, de production, les choix énergétiques et industriels, c’est-à-dire par le modèle économique actuel. Ainsi, nous ne subissons pas le climat, nous le faisons.

A cette crise climatique et écologique où la Terre surexploitée crie sa détresse, s’ajoutent des crises multiples dont le dénominateur commun est le système capitaliste néolibéral. Il s’agit d’une crise existentielle, celle d’une humanité qui promeut un mode de vie, de production et de consommation qui la mène à sa perte. La situation demande une transformation sociale et économique radicale des modes de vie, des structures économiques et démocratiques, des systèmes de production et de consommation, ainsi qu’une meilleure distribution des richesses pour faire advenir un monde habitable, plus juste, plus sobre et plus solidaire afin de protéger la vie de la Planète pour les générations futures. Ce changement n’est pas seulement la responsabilité des états, mais la responsabilité de chaque être humain.

Lors de la Conférence de Paris sur le climat, la COP21, on a beaucoup parlé des gaz à effet de serre (GES) et des mesures pour les diminuer et pour atténuer le changement. Oui, les (GES) sont les grands responsables du réchauffement climatique, mais dans la Conférence peu ont mentionné que l’abondance des GES n’est que le résultat du modèle économique actuel, qui est le vrai responsable du réchauffement climatique. Ce système économique centré sur les bénéfices économiques et non pas sur la personne humaine est au service de l’argent et non pas de la vie.

L’accord adopté par la COP21 confirme l’objectif de maintenir le seuil d’augmentation de la température au-dessous de 2°C, mais il ne définit pas les mécanismes et les modalités précises pour y parvenir, laissant cela à la bonne volonté des pays signataires. Selon certains scientifiques les efforts volontaires présentés à la COP21 et les solutions prises limiteraient l’augmentation de température entre 3-4°C ! Des solutions comme l’agro-écologie qui pourraient absorber le carbone, ont été marginalisées. Or, l’augmentation des températures au-delà de 2°C conduira irréversiblement à une terre non viable pour les générations futures. Le seul espoir qui reste est la pression de la société, donc de chacun de nous, sur nos pays. C’est là que nous avons notre rôle à jouer en prenant notre responsabilité face à la Vie.

Face à l’avenir deux perspectives différentes émergent

Les solutions envisagées pour faire face au changement climatique relèvent globalement de deux perspectives.

D’un côté des mouvements sociaux, écologiques et autres qui font de la crise une opportunité et inventent et pratiquent des manières alternatives d’habiter la Terre et de vivre en société autour des valeurs de solidarité, de justice, de coopération, d’autonomie, des biens communaux, de distribution équitable des ressources, de prendre soin. Elles mettent ainsi les bases d’une économie future qui limite l’utilisation des ressources naturelles à la capacité de la planète à se régénérer et qui mesure non la croissance mais le bien-être, privilégie les relations entre les êtres humains et le reste de la création, et promeut des nouveaux modes de vie personnelle, familiale et communautaires responsables où tous pourront vivre et se développer.

De l’autre côté, des forces économiques, des lobbies industriels et financiers, des groupes de pression technoscientifique, des politiciens et certaines institutions internationales continuent à promouvoir la ‘croissance’ et à agir comme si de rien était. Ils se focalisent sur « la croissance économique indéfinie » et proposent de remplacer les ressources de la planète par la toute-puissance de la technologie qui permettrait de reconstruire la nature. Leur toute-puissance tend à apparaître comme « la seule alternative » pour « sauver le climat et l’humanité ».

Le temps d’agir est maintenant : changer ou bien continuer dans un chemin sans issue ! Allons-nous nous placer du côté du salut par la toute-puissance ou bien choisir de nous joindre à ces mouvements qui inventent de nouvelles manières d’habiter la Terre, de coopérer avec la nature, d’accueillir la dimension naturelle de la condition humaine ? Comme chrétiennes religieuses SMNDA nous avons à faire des choix pour la vie !

Le chemin vers un changement systémique dans les politiques et les pratiques au niveau local et global, vers une société où les droits des plus vulnérables seront respectés sera long et difficile. Il demandera du courage pour prendre des décisions difficiles, mais l’espérance d’un avenir meilleur pour tous et la joie de vivre déjà la collaboration avec d’autres différents, nous donnera la force nécessaire pour continuer le chemin.

Entrer dans ce chemin demande de nous engager en solidarité avec nos frères et sœurs à vivre simplement, à partager notre abondance et à développer un sentiment de respect et de responsabilité pour la terre dans l’utilisation des ressources naturelles. Dans le chemin vers cette nouvelle société nous avons besoin de nous unir avec tous ceux et celles qui sont prêts à cheminer dans cette direction, venant d’horizons très divers et avec des visions et des intérêts très différents. Beaucoup d’églises, de religions et de communautés de foi sont engagées dans cette direction, de même que de nombreux groupes de tout genre. Le grand défi est la coordination de tous ces mouvements.

SMNDA et le voyage vers le changement

A partir de 1993 les Actes capitulaires SMNDA[1] parlent du besoin de prendre soin de la Terre et du changement du climat avec une insistance grandissante. « Face à la dévastation de la planèteNous devons être de celles qui comme le disait le Cardinal Lavigerie, veulent « embellir la terre ». Apportons notre concours aux organisations qui défendent la planète » (AC 1993). « Devenir plus conscientes du mouvement mondial pour la sauvegarde de la création et l’usage des ressources naturelles, et contribuer ainsi à rendre notre planète plus habitable aujourd’hui » (AC 2005). «Nous voulons exprimer notre solidarité avec toute l’humanité et participer à l’avènement de cette Création réconciliée que le Christ achemine vers son accomplissement…’ (AC 2011).

Mais le cardinal Lavigerie et nos sœurs ont vécu certains des valeurs nécessaires pour cheminer vers cette nouvelle société que nous espérons sera un pas vers l’avènement du Royaume :

  • Lavigerie a su s’émerveiller devant la grandeur de la nature humaine.
  • Devant la souffrance d’un autre être humain il était rempli de compassion et prêt à tout sacrifice pour le ‘sauver’.
  • Lorsqu’il parle de ‘notre Afrique’, il a une vision holistique du continent et ses peuples. Il nous invite à aimer tout en elle : sa souffrance, les plaies de l’esclavage ; ses cris de douleur tout au long de l’histoire, ses grands hommes, ses saints, ses passions, son énergie, ses joies, la sagesse de ses anciens… ‘J’ai tout aimé dans notre Afrique, son passé, son avenir, ses montagnes, son ciel pur, son soleil, les grandes lignes de ses déserts, les flots d’azur qui la baignent.’

Dans notre culture et spiritualité SMNDA nous avons des valeurs qui peuvent nous aident à entrer dans l’esprit et les attitudes nécessaires pour vivre le déplacement vers cette nouvelle culture écologique, solidaire, inclusive et diverse qui inclut tous les êtres humains et toutes les créatures de la Planète Terre :

  • Répondre aux besoins de la mission a été une des caractéristiques de nos sœurs.
  • La dignité et le respect pour toute personne, valeur chrétienne qui nous a été transmise par Lavigerie, ainsi que l’interdépendance nous ouvrent à vivre la solidarité.
  • L’ouverture à la diversité et la collaboration avec tous nous a préparé à marcher avec des groupes différents.
  • Vivre dans des communautés interculturelles ; travailler et collaborer avec des gens d’autre culture et religion ; et des nombreux changements dans nos vies nous ont préparé à vivre le l’ouverture, le changement et l’austérité que cette nouvelle société demande.
  • Le ‘tout à tous’ partie essentiel de notre être SMNDA nous aide à être inclusives et à travailler pour le « salut » de « tous » : êtres humains et créatures de la nature.
  • Notre pratique communautaire de collaborer a la mission commune nous aidera à mettre notre part dans la construction de cette nouvelle culture de solidarité et de partage.

Chaque SMNDA porte en elle la congrégation et aussi l’humanité et est responsable de la vie de la congrégation et de l’humanité. La conviction d’être co-créatrices avec Dieu et l’appel reçu pour faire grandir la vie nous pousse à vivre notre responsabilité face à la congrégation et à l’humanité pour que cette vie continue à grandir, malgré les difficultés du chemin.

Qu’à la suite de Jésus de Nazareth, et avec la confiance qui nous donne son appel et sa présence nous ayons le courage, la foi et l’espérance pour entreprendre ce voyage auquel la situation du monde nous invite, vers une nouvelle société plus juste et solidaire pour tous.

Begoña Iñarra, SMNDA

Coordinatrice de JPIC-ED

[1] AC 1993, page 34 ; AC 2005, page 114 ; AC 2011, page 20.

 

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